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Chronique n°2 : La responsabilité du vétérinaire équin

LES AVOCATS AU SERVICE DU MONDE EQUIN

 Chers Amis Cavaliers,

Me revoilà pour une toute nouvelle Chronique… Je vous avais manqué ? Ne dites pas le contraire… Et pour ce retour, je vais vous éclairer sur un sujet que l’on retrouve sur toutes les lèvres des propriétaires de chevaux, à savoir la responsabilité du vétérinaire équin !

En effet, lorsque votre cheval est malade ou blessé, vous appelez votre vétérinaire afin qu’un diagnostic soit posé. Toutefois, à la suite de son intervention, l’état de votre cheval peut ne pas s’améliorer, voire s’aggraver. Il se peut aussi que l’on vous annonce « je ne sais pas, laissez-le au repos au boxe un mois, et après on voit ! ».

Et lorsque la facture arrive, le sentiment peut être amer. Alors qu’en est-il juridiquement ? Quels sont vos droits et vos obligations dans ces situations ?

En réalité, dès lors que le vétérinaire intervient, un contrat de soins se forme entre lui et vous. C’est dans le cadre de cette relation contractuelle qu’il devient légitime d’envisager la responsabilité du vétérinaire. Mais dans quelle mesure ?

En effet, il n’est pas toujours possible d’engager sa responsabilité dès lors que celui-ci a été consciencieux. En revanche, si ce dernier a été négligeant, une action est envisageable. Il vous faudra alors réunir tous les éléments nécessaires pour démontrer sa faute et votre préjudice.

 

Chapitre Ier. De l’impossibilité d’engager la responsabilité du vétérinaire diligent

L’action contre un vétérinaire qui n’aurait pas su guérir votre équidé est bien souvent compliquée. En effet, le vétérinaire n’a qu’une obligation de moyen. Sa rémunération n’est donc pas subordonnée à l’amélioration de l’état de santé de votre cheval.

 

    Le vétérinaire n’est soumis qu’à une obligation de moyen

    Le vétérinaire est tenu à une obligation de soins qui est une obligation de moyen et de résultat. Ainsi, il a seulement l’obligation de tout mettre en œuvre pour soigner votre équidé. Toutefois, il ne peut pas être sanctionné s’il ne parvient pas à le guérir. Concrètement, il a l’obligation de réaliser des soins attentifs et consciencieux conformes aux données acquises par la science.

    Le parallèle peut être fait avec l’obligation qu’aurait un médecin envers vous.

    Aussi, vous ne pourrez engager la responsabilité du vétérinaire si au jour de l’examen de votre cheval aucun autre vétérinaire n’aurait été en mesure de poser un diagnostic précis ou d’apporter des soins satisfaisants, au regard des pratiques médicales connues et existantes à cette date. En effet, on ne peut pas reprocher de ne pas diagnostiquer une maladie indétectable au regard des ressources dont il dispose.

    La rémunération du vétérinaire est indépendante de l’amélioration de l’état de santé du cheval

    Nous l’avons vu : le fait de ne pas poser un diagnostic exact ne constitue pas en tant que tel une faute. Par conséquent, la facturation d’un acte en fonction du résultat est interdite.

    Il n’est donc pas possible d’agir en justice contre votre vétérinaire pour obtenir remboursement des frais dans le cas où les examens ou gestes pratiqués n’aurait pas permis d’obtenir un diagnostic ou abouti à l’amélioration de l’état de santé de votre cheval. En effet, le vétérinaires a bien réalisé les actes et examens en cause, bons ou mauvais, doit donc être rémunéré. 

    Cependant, s’il est possible de caractériser une négligence dans la réalisation des soins, alors une action pourra être envisagée.

     

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    Chapitre II. Vers la responsabilité du vétérinaire négligeant

    Votre vétérinaire peut être négligeant dans diverses situations. Toutefois, la seule preuve de cette négligence n’est pas suffisante pour engager sa responsabilité et obtenir gain de cause devant les juges.

    Quelles fautes sont susceptibles d’engager la responsabilité du vétérinaire ?

    Il existe deux cas de figure dans lesquels le vétérinaire commet une faute susceptible d’engager sa responsabilité.

    Soit le vétérinaire a violé son obligation relative aux soins. Dans ce cas, il peut s’agir d’un défaut de réalisation de soins attentifs et consciencieux conformes aux données acquises par la science. C’est par exemple le cas lorsqu’il y a eu un examen insuffisant ou des soins inappropriés. Il peut s’agir aussi d’un manquement à son obligation d’information et de conseil à votre égard. En effet, le vétérinaire doit vous fournir toutes les informations utiles pour que vous acceptiez ses recommandations thérapeutiques en toute connaissance de cause. 

    Soit il a manqué à son obligation qui relative à la sécurité du cheval pendant la réalisation des soins. Ainsi, le vétérinaire, de par sa formation, ne peut ignorer certains comportements que serait susceptible d’avoir votre équidé pendant l’intervention et doit donc anticiper certaines réactions qui pourraient mettre en danger l’animal. A titre d’exemple, n’a pas pris toutes les précautions nécessaires le vétérinaire qui a laissé à côté du cheval sa boîte de chirurgie dès lors que ce dernier, en se réveillant a marché sur la boite et s’est blessé au-dessus du sabot entraînant la section d’un ligament.

    Dans ces cas, la faute du vétérinaire est incontestable. Cependant, en droit français pour engager la responsabilité contractuelle d’une personne, encore faut-il qu’il résulte de cette faute un préjudice et qu’il existe un lien de causalité direct et certain entre la faute et le préjudice. Or, c’est à vous, propriétaire du cheval, d’apporter ces preuves et la tâche peut s’avérer ardue.

    L’indispensable preuve du lien de causalité entre la faute commise et le préjudice pour engager la responsabilité du vétérinaire

    Les préjudices invocables peuvent être variés. Une blessure, une aggravation de l’état de santé de votre cheval… Ou encore plus grave, son décès. Néanmoins, parfois, il peut s’agir d’une simple perte de chance de prendre une décision plus éclairée sur les soins à faire prodiguer à votre cheval et qui potentiellement, aurait permis d’éviter une aggravation de la situation. Ce préjudice est distinct de celui résultant de l’aggravation de la situation en elle-même. Il a donc des conséquences sur le montant de l’indemnisation que vous pourrez solliciter.

    Toutefois, pour qu’il soit indemnisable, le préjudice doit directement découler de la faute commise par le vétérinaire. Ainsi, si un vétérinaire diligent aurait pu éviter l’aggravation de l’état de santé de votre équidé ou son décès, il ne sera alors pas possible d’agir contre le vétérinaire fautif puisqu’aucun préjudice ne pourra être retenu comme découlant de sa faute. On dira alors que le lien de causalité n’est pas caractérisé.

    A l’inverse, les juges retiennent l’existence d’un lien de causalité et il est possible d’agir contre le vétérinaire dès lors que l’état de votre cheval n’aurait pas empiré sans la commission de sa faute

    ***

    Vous l’aurez compris chers amis cavaliers, si votre vétérinaire équin ne bénéficie d’aucune cause d’irresponsabilité absolue, il ne sera pas pour autant aisé de démontrer que sa responsabilité peut être engagée.

    Retenons simplement : « à l’impossible nul n’est tenu ».

    À très bientôt,

    Votre bien dévoué,

    EQUITA’juris

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